Séduits par la droite
313 | Automne 2016
Céline Minard - L’écriture comme expérience du monde

Chapeau: 

La romancière française Céline Minard construit une œuvre déroutante, dont le style, incisif et extrêmement percutant, chaque fois innove et détonne. Sans relâche, son œuvre romanesque reconfigure le monde, toujours à refaire, comme lieu d’épreuve du réel. Elle fait paraître cet automne chez Rivages une fiction intitulée Le grand jeu, récit d’une femme qui s’isole des siens dans un refuge hightech suspendu à une falaise, pour tenter de répondre à une question apparemment toute simple: comment vivre? Cette question se déplie et en appelle une autre: pourquoi écrire? La réponse se trouve peut-être dans la multitude du monde, que la littérature cherche parfois à prouver. L’auteure du Dernier monde revient ici sur les liens intimes qu’elle tisse entre création et existence, en prenant pour relais les thèmes du langage, du territoire, de l’histoire et de la philosophie.

LIBERTÉ: J’ai envie de commencer notre entretien par une question toute simple: comment êtes-vous venue à l’écriture ?

Céline Minard: Très simplement par la lecture. J’ai été fascinée très tôt par la capacité qu’a la langue de donner corps à l’imaginaire, d’ouvrir, de construire, ou de poser des mondes dans lesquels le lecteur évolue. Rien ne me semblait plus magique à dix ans, et c’est toujours le cas. Mais j’ai toujours lu mes histoires clandestinement en quelque sorte, c’est aussi pour ça que j’ai fait des études de philo plutôt que de lettres, pour garder cet aspect clandestin, intime, de la littérature. C’était pour moi un espace de liberté et d’expérimentation, un espace non surveillé, non réglé, hors du champ du savoir d’une certaine façon, hors du champ de l’autorité très certainement. La philo, que je situais au cœur même du savoir, m’ouvrait des perspectives techniques, des mondes abstraits, que je ne cessais de penser et de percevoir de manière très spatiale, ce qui est une aberration. Un concept ne s’inscrit pas dans l’espace. Mais pour moi, le concept ouvre une brèche dans le réel, une brèche qui permet de penser ce réel, c’est-à-dire de le soulever, de le transformer et là, on est déjà en littérature. En fait, je suis venue à l’écriture par la clandestinité de mes lectures littéraires et par le défaut de mes lectures philosophiques.

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Extrait du texte publié dans Liberté n° 313. Pour lire ce numéro en version intégrale, visitez notre boutique.