Faire moins avec moins
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Bienvenue en Austérie

Chapeau: 

Oubliez l’écran de fumée qu’est l’équilibre budgétaire : l’austérité a déjà tout envahi.

     Il faut vivre selon ses moyens, ne pas dépenser l’argent qu’on n’a pas. Cesser de rouler en Cadillac si on peut juste se payer une sous-compacte. Ne pas refiler la facture à nos petits-enfants. Le Québec est dans le rouge. Notre déficit est structurel. Nous fonçons droit dans le mur. La dette, la dette, la dette (indication au lecteur: lire ces mots à voix haute avec une tonalité stridente qui, progressivement, communique l’hystérie). Ayons le courage d’agir. Il n’y a pas de vaches sacrées. L’immobilisme doit cesser. Ne pas céder aux groupes de pression et aux syndicats. Chacun doit «faire sa part», en commençant par toi.

     On croule sous l’impôt. Nous, la classe moyenne la plus taxée en Amérique: du travailleur autonome, qui vit dans un loft à St-Henri, à Joe Pickup, jobbeur de Terrebonne, en passant par Maryse, commis au service à la clientèle. Plus capable de payer, surtout pas pour toi. Toi, le col bleu de la ville, l’enseignant, l’infirmière, le répartiteur, l’assisté social, l’inspecteur, le vérificateur, le gratteux de papier qui fait je ne sais quoi de ses journées dans un bureau au onzième étage du complexe G, toi, la petite famille qui aurait dû y penserndeux fois avant d’avoir un deuxième enfant.

     La solution? Abolir. Abolir les commissions scolaires, le Conseil du statut de la femme, l’Office de la langue française, Télé-Québec, la permanence dans le secteur public, les régimes de retraite à prestations déterminées, les cpe, les congés parentaux, les cégeps, les élections scolaires. Couper. Couper dans la fonction publique: les cadres, les employés municipaux; couper les subventions aux artistes, aux cinéastes qui font de mauvais films, qui ne sont même pas drôles; couper l’aide sociale, le nombre de députés; couper dans le gras. Privatiser. Privatiser Hydro-Québec, la SAQ, la SÉPAQ, les ponts, les ports, les autoroutes, la Caisse de dépôt et placement.

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Ils se sont exprimés et s’expriment toujours. Depuis le début de l’automne, la rumeur se fait de plus en plus insistante au Québec. Après quelques années de répit, le temps de se remettre du recul de 2012, les «austériens», comme on les appelle au sud de la frontière, se sont regroupés et passent de nouveau à l’offensive.

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Ce texte est un extrait du texte publié dans le numéro 306 de la revue Liberté. Pour lire ce numéro en version intégrale, visitez notre boutique.