Prendre la littérature au sérieux
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Bel ensemble

Chapeau: 

Le principe de Gala est de mettre en scène des danseurs amateurs. Une expérience d’émancipation… ou de manipulation?

Jérôme Bel est-il chorégraphe? Formé comme danseur, reconnu comme l’un des plus importants créateurs en arts vivants des vingt dernières années, l’artiste français se plaît à entretenir une certaine ambiguïté quant à l’étendue de sa propre autorité auctoriale sur ses créations, souvent de nature collaborative. Qu’y a-t-il conçu, dirigé, réglé, imposé? La réponse n’est jamais claire, ou du moins rarement simple.

Ainsi, à l’occasion de la présentation montréalaise de Gala en guise de clôture à l’édition 2016 du Festival TransAmériques, il déclarait à la journaliste Catherine Lalonde du Devoir : « Bien entendu, je remets en cause ma propre fonction, fonction autoritaire s’il en est. Aujourd’hui, j’essaie de créer des dispositifs dans lesquels des individus peuvent trouver un espace de liberté et d’expression ». L’usage du terme « dispositif » dans un tel contexte m’intéresse. Omniprésent dans le discours sur les arts vivants, il désigne souvent une structure scénique ouverte aux interactions entre acteurs et spectateurs. En lecteur de Michel Foucault, j’associe plutôt ce vocable à des ensembles hétérogènes de mécanismes régulateurs – discursifs, légaux, techniques, architecturaux… –, dont les plus insidieux seraient peut-être justement ceux qui promettent « un espace de liberté et d’expression ».

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Extrait du texte publié dans Liberté n° 314. Pour lire ce numéro en version intégrale, visitez notre boutique.