Avancez en arrière ! Quand le progrès tourne à la catastrophe
315 | printemps 2017
Autoportrait d’un redneck

Chapeau: 

Après l’élection de Trump, une culture placée sous observation.

Difficile pour les lecteurs des grands magazines et des journaux américains de rater un type de reportage qui s’est multiplié avant les dernières élections américaines : la visite au peuple oublié des États-Unis, la population white trash et redneck des Appalaches et du Midwest. Chaque semaine en amenait un, deux, trois nouveaux, et le mouvement n’a pas ralenti après l’arrivée au pouvoir de Trump, bien au contraire. Dans l’espoir de comprendre ce qui a pu amener des gens à s’accrocher aux promesses en toc faites par l’improbable nouveau président, les journalistes débarquent sur le terrain, multiplient les explications psychologiques et sociologiques et, bien sûr, donnent la parole aux gens concernés en tentant de leur soutirer quelques vérités nouvelles. Leur propre posture vacille, quelque part entre empathie et répulsion, entre désir sincère de comprendre et nécessité de rendre compte de comportements racistes et misogynes dont on ne peut que craindre l’exacerbation future.  

Je suis bon public pour ces reportages; je dévore tous ceux sur lesquels je peux mettre la main depuis un an. Je n’ai donc pas pu m’empêcher de plonger dans Hillbilly Elegy, tout en sachant très bien que ce livre m’agacerait et que ma mauvaise foi ne me quitterait pas. J. D. Vance, son auteur, est en effet devenu la figure de proue pour un bon nombre de conservateurs américains, qui déplorent – ou déploraient ? – le succès remporté par Trump, mais cherchent néanmoins des causes et des coupables pour justifier le piètre état dans lequel se trouvent les populations du centre des États-Unis.  

Les coupables, pour une bonne frange de ces conservateurs, ce sont ces populations elles-mêmes, et le récit de Vance leur donne des armes pour prouver la faillite morale de l’Amérique. Nous avons peu entendu ces voix conservatrices au Québec, où la tendance est plutôt à excuser les maux des populations appauvries; ce discours n’en est pas moins présent sous d’autres formes. 

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Extrait du texte publié dans Liberté n° 315. Pour lire ce numéro en version intégrale, visitez notre boutique.