Marie-Claire Blais
312 | Été 2016
Au nom de Dieu

Chapeau: 

Signez-vous, le capital est là !

La maîtrise organisationnelle à laquelle aspiraient les théoriciens des institutions privées et du management dans les années 1970 a abouti à un grand désordre. Déchaînées, les forces du capital ont favorisé une concentration de richesses sans pareil dans l’histoire, qui n’a toutefois pas percolé sur tous les damnés de la terre ; la grande manifestation oligarchique d’égoïsme qui s’annonçait un paradoxal salut pour l’humanité n’a fait qu’accentuer cruellement les écarts de revenus. Aucun argument n’a tenu. On s’en est donc remis au culte de la personnalité, on a développé des chaires en leadership, recyclant des ouvrages de psychologie populaire pour les associer à des modèles comme Steve Jobs, dont les odes au génie étaient chantées dans une imitation ratée de romans initiatiques du XIXe siècle. Puisqu’il devient difficile de dissimuler qu’on n’avait vraiment plus rien à dire pour justifier la faillite d’un régime, le marasme dans lequel on a plongé l’humanité, la bêtise infantilisante dans laquelle le marketing a immergé la culture, il reste une référence hypostatique, dont on est maintenant déjà en train d’achever le sens en s’y remettant, celle de Dieu. 

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Extrait du texte publié dans Liberté n° 312. Pour lire ce numéro en version intégrale, visitez notre boutique.