La moitié du monde
307 | Printemps 2015
Annemarie Schwarzenbach, femme universelle

Chapeau: 

Photographe et écrivaine morte en 1942, aujourd’hui presque oubliée, Annemarie Schwarzenbach a sillonné le monde en quête de reportages. Son œuvre restitue la vie des gens dont on ne parle pas.

Avant septembre 2014, je ne connaissais pas l’existence d’Annemarie Schwarzenbach, n’avais vu aucune des images qu’elle a capturées avec sa Rolleiflex à deux objectifs aux quatre coins du monde, Europe, Afrique, Proche-Orient, États-Unis, et qu’elle envoyait aux journaux européens entre 1933 et sa mort en 1942. Je n’avais lu aucun de ses trois cents reportages, soixante-dix sur les États-Unis, dont seulement une partie est aujourd’hui publiée en français, ni vu aucune de ses photographies. En Europe, il aura fallu attendre en gros les années quatre-vingt-dix pour que son travail soit redécouvert, aussi bien en Suisse alémanique qu’en France, et ses écrits rassemblés en volumes. Inscrite dans un rapport au monde antiéconomique, dormant très peu, consommant morphine et opium, résistant à l’auto-destruction par le déploiement d’une incessante énergie physique et intellectuelle, elle est morte jeune, des suites d’un traumatisme crânien causé par une chute à vélo. Une fois morte, elle passera sous le radar pendant cinquante ans.

Si, comme moi, l’envie vous prend d’aller sur Google Images jeter un coup d’œil sur son travail et que vous faites, par exemple, «Annemarie Schwarzenbach photographies», vous vous retrouverez devant des dizaines de portraits d’une grande brune filiforme, dont plusieurs font la page couverture de ses livres, mais de photographies qu’elle a prises, presque aucune. C’est malin.

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Ce texte est un extrait du texte publié dans le numéro 307 de la revue Liberté. Pour lire ce numéro en version intégrale, visitez notre boutique.