Anne-Marie Régimbald

Partition pour hommes, poux et rats

299 | printemps 2013

Le dernier roman de Jean Echenoz commence un samedi en même temps que la guerre qu’il serait superflu de nommer. Anthime, vingt-trois ans, le personnage central du roman, quitte à vélo, en ce matin d’août de l’année qui restera innommée, sa petite ville vendéenne. On pourrait se croire dans un roman d’André Dhôtel, avec Valentin dans La route inconnue ou Julien du Village pathétique. Autant dire que la journée a l’air de vouloir aller tout doucement.[…]

À propos de :

Présentation - Nous ne sommes pas seuls

300 | Été 2013

L’automne dernier, nous nous penchions sur un certain travail de sape auquel s’affairent consciencieusement les conservateurs en poste à Ottawa, de même qu’un tas de gens à gauche comme à droite, au provincial, au municipal ou encore du côté du privé. Le pouvoir conservateur en étant à la fois la figure la plus visible et la plus active, nous avancions qu’il pouvait fort bien être considéré comme le fer de lance de cette tendance, si ce n’est même son avant-garde.

Le musher et ses chiens

300 | Été 2013

Si un locuteur du français, par exemple d’origine vietnamienne, me demandait de lui parler du français québécois, ma langue maternelle, je lui dirais qu’il est drôle, juteux et plein de plis, avec un peu de crasse dans les plis. S’il vivait ici depuis quelques années, je lui ferais lire à titre d’exemple Victor-Lévy Beaulieu, immense, infatigable pelleteux de la folle poudrerie qui est le plus vrai de notre langue.

Un acre en sursis

301 | Automne 2013

Si la ville est une fourmilière, à quoi peut-on comparer la banlieue, à propos de laquelle je n’ai jamais pu me départir de mes préjugés ? Apeurée par l’idée de me retrouver isolée dans un lieu sans, sans centre et sans densité, contrairement à la ville, mais aussi sans bord de l’eau, privée de l’anarchie qui règne à la campagne, et où l’activité-récompense, après avoir tondu son carré de moquette verte, consiste à aller magasiner un barbecue (au gaz), j’ai, il y a maintenant dix-sept ans, quitté la ville pour la campagne.

Chienne de vie

303 | Printemps 2014

Que dire d’un roman qu’il n’est possible de lire qu’en étant complice, dès le départ, de la série de refus sur lesquels il est fondé ? Il faut accepter de naviguer dans Frèresen l’absence de noms ou de prénoms normaux. Tout au plus les personnages, humains ou non, reçoivent-ils un qualificatif (l’aîné, la mère, le chien de père, la chienne grise, Pantin). Force est aussi d’admettre, et on le sent d’emblée, que le lecteur n’aura droit à aucun repère spatial ou temporel.

Keith Kouna et René Lussier

304 | Été 2014

Le voyage d’hiver, première collaboration entre Keith Kouna et René Lussier, est une réinterprétation étonnante des lieder de Schubert. Les deux musiciens nous racontent aujourd’hui comment ils se sont approprié une œuvre du XIXe siècle pour en faire un projet unique dans le paysage artistique québécois.


Ta voix te survivra

304 | Été 2014

L’année passée, je n’ai pas beaucoup lu. On a beau vouloir tout faire, le temps reste la même feuille de papier inusable qui se plie chaque jour en un nombre fini de morceaux. Contrairement à ce que dit la rumeur populaire, il ne s’étire pas, il y a des heures où on croirait qu’il n’est plus que le tranchant de la feuille, où il scie même un peu la peau.

Ces vieux objets que sont les mots

305 | Automne 2014

     Sauce brune, la pièce précédente de Simon Boudreault, amenait un quatuor féminin à transfigurer la difficulté de vivre et de dire en musicalisant la langue québécoise par l’excès de sacres. Ça se passait entre les quatre employées d’une cafétéria, au sous-sol d’une école secondaire. L’auteur de As is, qui signe à nouveau la mise en scène de son texte, place ses personnages dans un autre lieu de travail sans fenêtre.

Proust à l’hippodrome

306 |

     Le Santa Anita Park et le Pussycat Theater, connus l’un pour être un hippodrome californien ayant accueilli à ses heures de gloire, fin des années 1950, plus de soixante mille spectateurs, l’autre pour être un cinéma porno de South Hill Street, Los Angeles, qui a ouvert ses portes en 1966 et qui a rapidement disséminé ses succursales à travers la Californie, jusqu’à répandre les descendants de Deep Throat dans quarante-sept salles, et dont la rectitude politique allait avoir raison en 1981, accueillaient tous deux régulièrement Charles Bukowski.

Annemarie Schwarzenbach, femme universelle

307 | Printemps 2015

Avant septembre 2014, je ne connaissais pas l’existence d’Annemarie Schwarzenbach, n’avais vu aucune des images qu’elle a capturées avec sa Rolleiflex à deux objectifs aux quatre coins du monde, Europe, Afrique, Proche-Orient, États-Unis, et qu’elle envoyait aux journaux européens entre 1933 et sa mort en 1942. Je n’avais lu aucun de ses trois cents reportages, soixante-dix sur les États-Unis, dont seulement une partie est aujourd’hui publiée en français, ni vu aucune de ses photographies.

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