Alain Farah

Les ongles bleus de Madame Harper

297 | automne 2012

« Bon, c’est une revue cinquantenaire, une des plus prestigieuses au Québec, je ne vois pas pourquoi je n’embarquerais pas… Mais dis-moi seulement une chose : pourquoi moi ? — Tu es un des rares écrivains politisés de ta génération. » Je parle au début, après c’est Lefebvre qui m’offre de tenir cette chronique. Même si je sais que je ne digérerai pas cette salade de quinoa, j’essaie tout de même, devant Pierre, de faire semblant que tout va bien.

D'un Bock à l'autre

298 | hiver 2013

Je gagne ma vie en enseignant la littérature française à McGill et cette occupation me procure plusieurs avantages, dont celui, non négligeable, d’avoir l’impression d’être en décalage avec le reste de mes contemporains, comme si le campus doré de la rue Sherbrooke était devenu une sorte de sas m’éloignant de mon espace et de mon temps. Ce n’est pas désagréable. Parfois, aussi, le futur y arrive plus vite que prévu. Un exemple ? Ici, le Printemps québécois a débuté le 10 novembre 2011, quelques jours après le premier gel destructeur de l’automne.

Quatre-vingt-treize

299 | printemps 2013

Partant du principe que Montréal est une île et qu’on imagine mal toute la tristesse qu’il me faut pour parvenir à l’oublier, il me prend parfois l’envie de creuser le sol, d’aller voir plus bas que l’asphalte, plus bas que la terre, d’aller voir jusqu’où, sous le roc, je dois me rendre pour que ma pelle fasse bing, que j’atteigne l’alliage sophistiqué qui compose la trappe qui attend d’être déblayée, d’être défoncée, pour qu’enfin je puisse rejoindre ma base souterraine, ce petit îlot de tranquillité où je ne manque de rien, où je trouve la paix et surto

Mym et moi

300 | Été 2013

Dans les premières minutes de La règle du jeu,le plus grand film de Jean Renoir, Christine, marquise de La Chesnaye, se coiffe devant l’un des superbes miroirs qui ornent son hôtel particulier. Je ne me souviens plus si elle utilise une brosse ou un peigne, j’ai seulement en tête son mouvement de marquise se coiffant la chevelure devant un miroir d’hôtel particulier. Tout va pour le mieux, ses cheveux sont lisses au possible puis, tout à coup, l’ambiance change dans la pièce: sur les ondes de Radio-Cité, André Jurieu, son amant, a de durs mots pour elle.

À Rome, fais comme les Romains

301 | Automne 2013

Quand Google aura fini d’indexer nos souvenirs les plus intimes, quand les ordinateurs régneront impunément sur Terre, restera-t-il un ou deux Anciens, planqués je ne sais où, pour s’ennuyer du temps où la mélancolie pouvait s’abattre sur l’homme au point de l’empêcher de sortir de sa chambre ?

La maladie du mensonge

302 | Hiver 2014

Si vous utilisez le navigateur Firefox, lorsque vous tapez « do a barrel roll » sur Google, l’écran fait un tonneau. Ce n’est pas seulement de la performativité : on appelle ce type de fonction cachée un « easter egg ».

Kit ou double

303 | Printemps 2014

Que faisiez-vous, le 22 janvier 1967 à 20 h 30 ? Moi, si j’avais été de ce monde, j’aurais eu les yeux rivés sur mon écran de télévision, prêt à regarder Faux bond, sur les ondes de Radio-Canada. Car, ayant été de ce monde, le 22 janvier 1967, vers 20 h 27, j’aurais consulté mon TV Hebdo et me serais intéressé à la description suivante : « Intitulé Faux bond, ce film de Louis-Georges Carrier a été adapté pour la télévision par Hubert Aquin, d’après un scénario de Jean-Charles Tacchella.