Avancez en arrière ! Quand le progrès tourne à la catastrophe
315 | printemps 2017
Accrochée au seul mât de sa personne

Chapeau: 

Tunis marine, le recueil posthume d’Aya Cheddadi, est à la fois l’arrivée et le départ d’une voix singulière.

L’écrivaine Aya Farah Cheddadi est décédée à Paris le 6 janvier 2015, à l’âge de 37 ans. Ce simple fait nous éclaire quant à la façon dont nous pouvons recevoir Tunis marine, son unique recueil, publié de manière posthume chez Gallimard. D’abord, parce que cette femme, née en France d’une mère japonaise et d’un père marocain, avait choisi de partir enseigner la langue française dans la Tunisie natale de son époux. Ce territoire, où elle a été témoin de la révolution qui débutait en décembre 2010, constitue le terrain où les sensibilités culturelles, esthétiques et physiologiques de l’auteure s’enchevêtrèrent pour ne faire qu’un. 

Ensuite, parce que, préfacé et postfacé respectivement par les poètes et auteurs marocains Abdellatif Laâbi et Tahar Ben Jelloun, Tunis marine reçoit la bénédiction de deux des voix les plus respectées de la littérature arabe contemporaine. À la manière de Rois mages, ici confrontés à une mauvaise surprise le 6 janvier, ceux-ci enjoignent le lecteur à consacrer l’émergence d’une voix condamnée à se taire aussitôt. Comme le souligne le préfacier Laâbi, « le paradoxe [de ce livre] est qu’il énonce à la fois les premiers et les derniers mots de l’auteure ». Bien que posthume, l’ouvrage composé au cours des trois dernières années de la vie de Cheddadi aura été colligé par la poète quelques mois avant son décès. 

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Extrait du texte publié dans Liberté n° 315. Pour lire ce numéro en version intégrale, visitez notre boutique.