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Des actualités démodées, pour sortir l’événement du prêt-à-penser. Pour lui redonner sa profondeur de champ et le replacer dans son contexte social, culturel, politique et historique, sans lequel il se dissout dans un trop-plein d’informations. Parce qu’à force de danser sur les crêtes éphémères du quotidien, on tombe et retombe dans les creux de l’insignifiance, dans un jeu infini de reflets où les signes ne renvoient plus qu’à eux-mêmes. Contre ce mimétisme généralisé, où un commentaire chasse l’autre, prenons le réel à bras-le-corps. Sortons le politique de ses fétiches, de son tout-à-la-stratégie qui ne réussit pas à voiler le vide qui l’habite. Replaçons le présent dans la chair de l’histoire, à l’encontre de ceux qui croient que le temps n’est qu’une variable – parmi d’autres – à gérer. Enfin laissons la culture, dans ses multiples manifestations, élargir nos horizons de pensée, condition préalable à une réelle capacité collective d’écrire le présent plutôt que de le subir. 

Maxime Olivier Moutier, L’inextinguible, Hamac

LITTÉRATURE – Le coût du consensus

« Je crois que le roman est terminé, tout comme l’art classique ou l’art moderne sont terminés. Il n’y a plus de raison de faire cela. Sinon pour plaire aux lecteurs qui souhaitent se divertir, s’évader ou passer un bon moment. » C’est sans doute sur la base de ce type de propos que plusieurs ont lu le recueil d’entretiens avec Maxime Olivier Moutier comme un...
Robin Aubert, Les affamés, fiction, Québec, 2017, 103 min. (Emmanuel Crombez/Films Séville)

CINÉMA – Les repus

« Rassis, les poings noyés dans des manchettes sales, Ils songent à ceux-là qui les ont fait lever » Les assis, Arthur Rimbaud Le film de « zombies » québécois (les guillemets s’imposent puisqu’ils ne sont jamais ainsi nommés) de Robin Aubert – récipiendaire du prix Luc-Perreault décerné par l’Association québécoise des critiques de cinéma lors des derniers Rendez-Vous Québec Cinéma – semble en avoir dérouté plus...
Catherine Mavrikakis, Ce qui restera, Québec Amérique, 2017, 126 p.

LITTÉRATURE – Des jeux de mémoire

Le jeu sur la fiction du souvenir est au cœur même des deux premières œuvres de la nouvelle collection III de Québec Amérique, dirigée par Danielle Laurin, dans laquelle des auteurs sont invités à revisiter leur passé sur le mode du récit. III pour trois souvenirs, donc, dans lesquels se glisse peut-être ou peut-être pas une part d’invention, prévient-on en ouverture. Catherine Mavrikakis et Marc Séguin sont les deux premiers écrivains à se prêter au jeu.
Mathieu Roy, Les dépossédés, Québec, 2017, 182 min.

CINÉMA – Les images de la faim

C’est en recourant à des images d’une grande richesse que Mathieu Roy nous parle de pauvreté. Entrecoupées d’interventions éclairantes dressant un sombre portait de la situation agroalimentaire mondiale, elles nous donnent à voir un monde en friche. Ce que nous entendons coupe le souffle, ce que nous voyons, l’appétit. Présenté aux Rencontres internationales du documentaire de Montréal, en novembre 2017, puis à la Cinémathèque...
Catherine Lalonde, La dévoration des fées, Le Quartanier, 2017, 144 pages.

LITTÉRATURE – La p’tite reine

En voyant le titre du dernier livre de Catherine Lalonde, La dévoration des fées, on pense à Josée Yvon, celle qu’on a surnommée la « fée des étoiles » au début des années 1970, poète de la contre-culture québécoise, présente d’ailleurs dans le récit de Lalonde par intertexte ; on pense également à la pièce de théâtre bien connue Les fées ont soif (1978) de Denise Boucher. Suivant...

CINÉMA – A Great Day in Paris

A Great Day in Paris, de Michka Saäl sorti en 2017, sera projeté le 23 février prochain aux Rendez-vous Québec Cinéma. Il s’agit du dernier film achevé de la réalisatrice et scénariste décédée en juillet dernier. Qui connaît un peu l’œuvre de Michka Saäl sait qu’elle navigue volontiers entre documentaire et fiction, passant de l’un à l’autre de film en film et parfois mêlant les...
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LITTÉRATURE – Écrire contre soi-même

La vie de la pensée compte son lot de scènes répétitives. Je ne saurais énumérer tous les colloques auxquels j’ai assisté où le potentiel émancipateur d’un roman ou d’une télésérie a été démontré à l’aide de trois ou quatre citations d’un théoricien à la mode, les mêmes références revenant sans cesse d’un événement à l’autre même si l’objet d’analyse changeait. J’ai moi-même bu de...
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LITTÉRATURE – Mourir en grande pompe

Le dernier roman de Julie Mazzieri, La Bosco, poursuit dans la même veine grotesque qui a fait le succès de son premier livre, Discours sur la tombe de l’idiot. Le lecteur aura d’ailleurs le plaisir de croiser, sous forme de clin d’œil, le canevas inaugural de l’idiot jeté dans un puits, résumé qui apparaît sur la page du journal local que lit le jeune...
Guillermo del Toro, The Shape of Water [La forme de l'eau], fiction, États-Unis, 2017, 123 min (Fox Searchlight Pictures).

CINÉMA – Vive la différence?

Pour permettre de nuancer la glorification aveugle dont fait en ce moment l’objet The Shape of Water, sacré « meilleur film » aux Oscars, notre rédacteur Jean-Marc Limoges persiste et signe : ce film exploite et instrumentalise les différences dont il se prétend le défenseur.
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Le temps de lire

Quelques semaines après la parution d’un numéro sur l’encombrement médiatique (ici), Liberté propose déjà sa quatrième fournée de textes sur son nouveau site web. Des textes inédits, gratuits, accessibles à ceux et celles qui croient qu’il est plus que jamais nécessaire de prendre le temps de réfléchir et de penser à ce que nous faisons, alors que tout pousse à nous faire agir de...
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LITTÉRATURE – Ce qu’un corps nous révèle

Le débat entre les artistes qui se réclament de l’imaginaire et ceux qui se rangent du côté du réel ne m’a jamais passionnée, mais j’avoue une certaine irritation lorsqu’un des chantres de la puissance de l’invention vante la supériorité de sa pratique en jouant la carte de la sortie de soi qu’il ou elle a accomplie, cet acte prodigieux qui consiste à façonner de...
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James Baldwin, écrivain « Nous sommes une partie de l’autre. »

James Baldwin est décédé il y a 30 ans, le 1er décembre 1987, dans sa maison de Saint-Paul-de-Vence, en France, à l’âge de 63 ans. Avant de voir l’excellent documentaire que lui consacre Raoul Peck, I’m not your negro (2016), je n’avais jamais entendu parler ni des livres ni de l’engagement de James Baldwin pour les droits civiques. Engagement périlleux, parce qu’il fut le...