Des actualités démodées, pour sortir l’événement du prêt-à-penser. Pour lui redonner sa profondeur de champ et le replacer dans son contexte social, culturel, politique et historique, sans lequel il se dissout dans un trop-plein d’informations. Parce qu’à force de danser sur les crêtes éphémères du quotidien, on tombe et retombe dans les creux de l’insignifiance, dans un jeu infini de reflets où les signes ne renvoient plus qu’à eux-mêmes. Contre ce mimétisme généralisé, où un commentaire chasse l’autre, prenons le réel à bras-le-corps. Sortons le politique de ses fétiches, de son tout-à-la-stratégie qui ne réussit pas à voiler le vide qui l’habite. Replaçons le présent dans la chair de l’histoire, à l’encontre de ceux qui croient que le temps n’est qu’une variable – parmi d’autres – à gérer. Enfin laissons la culture, dans ses multiples manifestations, élargir nos horizons de pensée, condition préalable à une réelle capacité collective d’écrire le présent plutôt que de le subir. 

Catherine Lalonde, La dévoration des fées, Le Quartanier, 2017, 144 pages.

La p’tite reine

En voyant le titre du dernier livre de Catherine Lalonde, La dévoration des fées, on pense à Josée Yvon, celle qu’on a surnommée la « fée des étoiles » au début des années 1970, poète de la contre-culture québécoise, présente d’ailleurs dans le récit de Lalonde par intertexte ; on pense également à la pièce de théâtre bien connue Les fées ont soif (1978) de Denise Boucher. Suivant...

A Great Day in Paris, de Michka Saäl

A Great Day in Paris, de Michka Saäl sorti en 2017, sera projeté le 23 février prochain aux Rendez-vous Québec Cinéma. Il s’agit du dernier film achevé de la réalisatrice et scénariste décédée en juillet dernier. Qui connaît un peu l’œuvre de Michka Saäl sait qu’elle navigue volontiers entre documentaire et fiction, passant de l’un à l’autre de film en film et parfois mêlant les...

La ritournelle de l’inclusion et de la diversité

U n des principes élémentaires de la fonction de l’idéologie consiste à dissimuler les intérêts de ceux qui se servent de sa rhétorique chatoyante, qu’il s’agisse d’intérêts financiers ou symboliques. C’est aussi ce qu’on pourrait appeler avec George Orwell la double pensée, intuition qu’il a notamment développée dans sa fameuse satire sociale, 1984 : on dit une chose et son contraire, ce qui permet au pouvoir de...

Écrire contre soi-même

La vie de la pensée compte son lot de scènes répétitives. Je ne saurais énumérer tous les colloques auxquels j’ai assisté où le potentiel émancipateur d’un roman ou d’une télésérie a été démontré à l’aide de trois ou quatre citations d’un théoricien à la mode, les mêmes références revenant sans cesse d’un événement à l’autre même si l’objet d’analyse changeait. J’ai moi-même bu de...

Mourir en grande pompe

Le dernier roman de Julie Mazzieri, La Bosco, poursuit dans la même veine grotesque qui a fait le succès de son premier livre, Discours sur la tombe de l’idiot. Le lecteur aura d’ailleurs le plaisir de croiser, sous forme de clin d’œil, le canevas inaugural de l’idiot jeté dans un puits, résumé qui apparaît sur la page du journal local que lit le jeune...

Vive la différence?

C’est une romance à l’eau de rose verdâtre et visqueuse. C’est Amélie Poulain en Amérique qui craque pour une Créature des marais. C’est une Belle en manque de sexe qui bave pour une Bête en suit de latex. C’est l’homme-poisson échappé de son continent pour émotionner les enfants. C’est un Splice ou un Splash qui nous éclabousse de bons sentiments. C’est une Leçon de...

Le temps de lire

Quelques semaines après la parution d’un numéro sur l’encombrement médiatique (ici), Liberté propose déjà sa quatrième fournée de textes sur son nouveau site web. Des textes inédits, gratuits, accessibles à ceux et celles qui croient qu’il est plus que jamais nécessaire de prendre le temps de réfléchir et de penser à ce que nous faisons, alors que tout pousse à nous faire agir de...

Ce qu’un corps nous révèle

Le débat entre les artistes qui se réclament de l’imaginaire et ceux qui se rangent du côté du réel ne m’a jamais passionnée, mais j’avoue une certaine irritation lorsqu’un des chantres de la puissance de l’invention vante la supériorité de sa pratique en jouant la carte de la sortie de soi qu’il ou elle a accomplie, cet acte prodigieux qui consiste à façonner de...

James Baldwin, écrivain « Nous sommes une partie de l’autre. »

James Baldwin est décédé il y a 30 ans, le 1er décembre 1987, dans sa maison de Saint-Paul-de-Vence, en France, à l’âge de 63 ans. Avant de voir l’excellent documentaire que lui consacre Raoul Peck, I’m not your negro (2016), je n’avais jamais entendu parler ni des livres ni de l’engagement de James Baldwin pour les droits civiques. Engagement périlleux, parce qu’il fut le...

Un génocide près de chez nous

Comment une société où la vie en commun se déroule de façon paisible peut-elle peu à peu se cliver ? Comment les regards peuvent-ils s’y transformer et faire du voisin l’incarnation de l’Autre, portant en lui les marques d’une différence de plus en plus insupportable ? La question nous concerne toutes et tous, ici comme en France, et dans toutes les régions du globe, en ce...

Sincérité et autres choses pas si plates

L’Oie de Cravan accueille le premier livre de Jonathan Doré. Parlons quelques secondes d’encre et de papier : la signature de la maison d’édition est indélébile lorsqu’il s’agit de qualité et de beauté matérielles. Ici, le dessin de Mireille Bouchard en couverture et le choix typographique rappellent magnifiquement une esthétique proche des années 70, dégageant des relents de surréalisme et de la revue Mainmise, qui...
Colonel Louis Keene, du Corps expéditionnaire sibérien, Canadian Outside the Depot – Siberia, Russia, 1918 ou 1919, aquarelle sur carton, 121 cm X 182.5 cm, Musée canadien de la guerre, Ottawa

« La révolution, c’est plus comme avant »

«  On n’y va pas à Siberia !  »  (sic). C’est par ce cri du cœur lancé le 21 décembre 1918 dans le port de Victoria, en Colombie-Britannique, que le soldat Onil Boisvert, un cultivateur de 22 ans originaire de Drummondville, donna le signal de la mutinerie aux conscrits québécois du 259e bataillon d’infanterie. Plusieurs refusaient d’embarquer pour Vladivostok, le principal port russe dans...