Rock star et tragédie

Bertrand Cantat, la rédemption par les planches ?

Illustration : Henriette Valium

Illustration : Henriette Valium

Plusieurs se sont interrogés sur la présence de Bertrand Cantat, en 2011, dans la trilogie tragique sophocléenne Des femmes à l’époque de sa mise en scène par Wajdi Mouawad à Montréal et à Ottawa, sachant qu’il avait été reconnu coupable d’avoir tué Marie Trintignant en 2003. Le débat tournait autour du devoir éthique de la communauté artistique et plus largement de la société. Certains, jugeant qu’il était primordial de reconnaître le talent artistique de Cantat, ont emprunté un discours qui valorise la primauté de l’art sur le politique, primauté qui serait ici corroborée par la nécessité d’arriver à une forme de réconciliation post-purgatoire. Selon la loi, Cantat avait purgé sa peine pour homicide involontaire ; il fallait donc procéder à sa réinsertion sociale. L’affaire Bertrand Cantat a d’ailleurs refait surface le 10 octobre dernier avec la publication d’articles dans Les Inrokuptibles et Elle France. Si l’affaire Cantat continue de soulever les passions et de diviser la société, elle n’a pas pour autant épuisé l’admiration ou la fascination que nous avons pour lui. Pourquoi ?

Le mythe des passions

Cantat est devenu une rock star alors qu’il était le chanteur de Noir Désir. Ce succès le suit en dépit de son crime. La violence, elle, bien réelle, a pourtant été reléguée au second plan. Comment passer, par le recours à la langue qui tente de réfléchir à cette question du lien entre l’art et le politique, de la violence du réel à la catharsis possible par l’art, sans oblitérer l’ampleur du crime et sa signification pour notre société ? Il faut pouvoir réfléchir à ce lien pour penser et comprendre ce qui se passe dans nos sociétés, ce qu’il y a de systémique avec les Weinstein, DSK, Cosby, Rozon, Salvail, ou autres inconnus qui continuent d’agir en toute impunité. Quelle est cette violence sans cesse répétée au quotidien, dans les maisons, au travail, à l’école, par ces hommes qui agressent et tuent les femmes et les filles, tous les jours ?

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Bio : Eftihia Mihelakis est professeure en études littéraires à l’Université de Brandon. Elle vient de faire paraître La virginité en question, ou les jeunes filles sans âge aux Presses de l’Université de Montréal.