Gigantomachie vénézuelienne

Nicolás Maduro, un monstre et son double

Illustration : Henriette Valium

Illustration : Henriette Valium

Le président vénézuélien, Nicolás Maduro, est certainement un monstre. Cumulant tous les pouvoirs (exécutif, judiciaire, électoral, militaire, constitutionnel, communal), il empêche le Parlement – détenu aux deux tiers par l’opposition – de légiférer, emprisonne ou force à l’exil les figures de l’opposition, réprime de manière sanglante les manifestations… Pourtant, cette monstruosité ne devrait pas servir à masquer celle d’une opposition putschiste qui conspire pour renverser pratiquement tous les gouvernements élus depuis l’élection d’Hugo Chávez, en décembre 1998, et qui est en grande partie responsable de la crise économique actuelle, du fait notamment de la fuite colossale de capitaux, évaluée à plus de 20 milliards de dollars américains par année. Lançant des accusations d’« oligarchie, de terrorisme, de soumission à l’impérialisme », d’un côté, et de « tyrannie, de communisme, de totalitarisme », de l’autre, ces deux monstres prétendant représenter le peuple s’enfoncent dans une crise sociale, économique et politique qui risque de les entraîner tous trois vers les abymes de la guerre civile.

Les monstres du populisme et du libéralisme

Les politiciens populistes sont « monstrueux », dans le sens littéral du terme, dérivé de monstrare, signifiant simplement « montrer ». Le monstre, dans son écart à la norme, nous montre la limite de celle-ci. Comme le monstre de foire, le populisme n’est pas inhumain mais suffisamment humain pour qu’on s’y reconnaisse et suffisamment étranger pour qu’on le craigne, ou qu’on craigne que notre humanité commune puisse contenir de telles atrocités ou démesures. Humains trop-humains, les populistes font peur (du moins à l’esprit libéral), car ils rappellent certains fondements refoulés du politique, notamment le substantialisme et l’opposition ami-ennemi, qui conduiraient à un manichéisme (bien-mal) menaçant le pluralisme. Pourtant, à trop rejeter en dehors de l’espace public ces « ombres de la démocratie » (Margaret Canovan), le libéralisme se rend aveugle à sa propre part de monstruosité et aux éléments fondamentaux de la politique et de la démocratie qui lui font défaut.

Ce contenu est réservé aux abonné.e.s

Vous êtes abonné.e à Liberté?
Entrez votre nom d’utilisateur et votre mot de passe ci-dessous.
Écrivez-nous pour obtenir votre nom d’utilisateur et votre mot de passe.

Vous n’êtes pas abonné.e à Liberté?
Abonnez-vous!
Achetez le numéro!

Bio : Ricardo Peñafiel est professeur associé au département de Science politique de l’UQAM et chercheur au GRIPAL (Groupe de recherche sur les imaginaires politiques en Amérique latine).