Féminismes en scène : au-delà de la parole, la chair

Illustration : Augustin de Baudinière

Illustration : Augustin de Baudinière

« Je ne serai plus jamais nulle part en vous
en exil de moi
me voici debout devant vous
riant au milieu de moi
— Madeleine »
Denise Boucher, Les fées ont soif

Je me suis demandé ce qu’il adviendrait si je critiquais le théâtre féministe. Il y en a si peu et le regard que les médias posent sur lui est rarement reluisant. Vais-je jouer le même jeu si j’affirme que je suis généralement déçue des spectacles qui se réclament du féminisme ou qui disent représenter les réalités des femmes de ma génération ? Me dirais-je que je n’ai pas été assez accueillante ? Vais-je sentir que je rejette ce travail de création ou que je suis à contre-courant des femmes qui prennent parole, depuis plusieurs mois, en faveur de la parité au théâtre ? Je pense aux différentes initiatives comme les Femmes pour l’équité en théâtre (FET) ou le tout récent La Coalition de la Robe, livre-recherche-création à six mains de Marie-Claude Garneau, Marie-Ève Milot et Marie-Claude Saint-Laurent, paru aux Éditions du remue-ménage cette année. Les auteures et comédiennes y analysent et y mettent en jeu la présence (et surtout l’absence) des femmes sur les scènes québécoises, ainsi que la banalité des rôles qui leur sont attribués. Le calcul mathématique du pourcentage des femmes qui se retrouvent sur les scènes québécoises, la dénonciation du peu de subventions accordées aux femmes, des distributions trop souvent masculines et des inégalités perpétuées dans l’enseignement même des écoles de théâtre sont des enjeux qu’il est nécessaire d’aborder, mais d’autres le font mieux que moi. Au-delà de ces questionnements, les réflexions de fond autour de nouveaux discours féministes et d’une diversité des représentations féminines ou queer au théâtre m’apparaissent reléguées au second plan.

Il m’a paru plus judicieux d’occuper pleinement mon rôle de spectatrice. Dans les derniers mois, j’ai arpenté les salles à la rencontre de ce théâtre fabriqué par des femmes ou des personnes sensibles aux enjeux de genre, attentive à la manière dont peuvent se renouveler ces paroles théâtrales dans l’espoir que les arts vivants aient encore la puissance de transformer notre monde.

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Marie-Claude Garneau, Marie-Ève Milot, Marie-Claude St-Laurent, La Coalition de la Robe, Éditions du remue-ménage, 2017, 144 p.

Table rase, texte de Catherine Chabot avec la collaboration de Brigitte Poupart et du collectif Chiennes, mise en scène de Brigitte Poupart, présenté à l’Espace libre du 18 novembre au 5 décembre 2016.

Gamètes, texte de Rébecca Déraspe, mise en scène de Sophie Cadieux, présenté à La Licorne du 27 février au 24 mars 2017.

(More) propositions for the AIDS museum, un spectacle de Projets Hybris, mise en scène de Philippe Dumaine, présenté à La Chapelle du 24 au 28 avril 2017.

Pour, un spectacle de Daina Ashbee, présenté à La Chapelle du 2 au 4 juin 2017 dans le cadre du Festival TransAmériques.