Cette idiote si utile

Denise Bombardier, l’épouvantail adoré

Illustration : Henriette Valium

Illustration : Henriette Valium

Station Crémazie, le pressentiment de la disparition l’agrippe et l’accable, l’afflige et l’abat. Dans le wagon, 47 passagers sur 49 fixent un téléphone. Lorsqu’ils relèvent les yeux des écrans, plusieurs tonitruent de l’anglais, les autres piaillent des indigences : l’arrogance coloniale le dispute à l’insipidité native. L’indifférence au Québec est totale. On est à Kitchener, Calgary, Yellowknife ou Saskatoon, dans n’importe quelle ville fadasse et quelconque. On est au Canada.

Autour d’un « Minervois pas piqué des vers, tu m’en donneras des nouvelles » et d’une « p’tite paëlla concoctée sans façon » par le maître de maison, les convives gourmandent l’inhumanité de Donald Trump, de Stephen Harper et de Richard Martineau. Pays d’Oc et chorizo, les gastronomes arrosent et savourent friamment leur indignation. À la mention de Denise Bombardier, les régalés mettent les bouchées doubles. Lui avale tout rond, sans appétit au milieu de ces bourgeois buñuelesques qui ne veulent que bouffer. Un peu avant le dessert, il prend poliment congé des fines bouches sans aucun charme discret. Qu’il n’y ait pas de malentendu. Il aurait pu passer à table avec ces goinfres et ces ivrognes de certitudes. Denise Bombardier se trouvait à ses côtés au Salon du livre de la capitale. Lorsqu’on lui a tendu Le Québec n’existe pas, livre que l’auteur de cet article a écrit, la célèbre journaliste de droite s’est écriée : « Pourquoi la version anglaise ? » On lui a expliqué que le texte portait sur l’extinction du Québec, sur l’évanouissement de la langue française. Sur ce, elle a pitché le livre devant elle, les lèvres sévèrement pincées.

Ce contenu est réservé aux abonné.e.s

Vous êtes abonné.e à Liberté?
Entrez votre nom d’utilisateur et votre mot de passe ci-dessous.
Écrivez-nous pour obtenir votre nom d’utilisateur et votre mot de passe.

Vous n’êtes pas abonné.e à Liberté?
Abonnez-vous!
Achetez le numéro!


Bio : Maxime Blanchard est professeur de langue et littérature françaises à la City University of New York. Il a publié, au début de 2017, Le Québec n’existe pas, aux Éditions Varia.