Radio-Pandora.ca – Pensées en dehors de la boîte

Une ancienne journaliste du web nous livre ses réflexions sur le métier.

Illustration d'Alain Reno, 2017
Illustration d'Alain Reno, 2017

D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu être journaliste. Enfant, j’étais curieuse de tout et j’adorais écouter les adultes parler entre eux. « Papa, c’est quoi le communisme ? » C’est une lecture qui a vraisemblablement scellé mon destin vers l’âge de 15-16 ans : Un homme, d’Oriana Fallaci, racontait l’histoire d’un militant qui se bat contre la dictature des colonels en Grèce, dans les années 1970. L’histoire d’un résistant. C’était bien avant les attentats du 11-Septembre, bien avant que la grande reporter italienne devienne islamophobe. Moi aussi, je voulais sillonner la planète pour raconter l’histoire des damnés de la Terre qui combattent l’injustice. Et ma faim du monde était insatiable.

Le chemin à suivre s’est déroulé devant moi comme un tapis tissé d’évidences. J’ai fait des études en communication et journalisme, je me suis investie dans les journaux étudiants, j’ai réalisé un stage dans un quotidien régional, j’ai été pigiste pour un hebdomadaire culturel et surnuméraire dans deux autres quotidiens régionaux. J’ai même été journaliste indépendante en ex-Yougoslavie à deux reprises (la première en pleine guerre, en octobre 1993, et la seconde juste après les accords de Dayton, en mai 1996) ainsi qu’en Haïti (en juillet 1996). Être sur le terrain à l’étranger, en situation de guerre ou de chaos généralisé, aux côtés de « vrais » (et légendaires) reporters de grands médias du monde entier, reste à ce jour l’une des expériences les plus fortes de ma vie. Mais ces aventures relèvent désormais de ma mythologie personnelle. Les raconter serait un tout autre récit.

Le texte que je vous propose ici est plutôt lié à mon expérience en journalisme de loin la plus substantielle (et la plus décevante) : de 2000 à 2010, j’ai été journaliste-rédactrice puis cheffe de pupitre pour le site Internet de nouvelles d’un grand média d’ici. Comme je suis liée par une entente de confidentialité avec lui, appelons-le Radio-Pandora.ca. J’aime bien l’idée de la boîte de Pandore. Sept ans plus tard, je suis encore prise dans l’écheveau des raisons qui m’ont poussée vers la porte de sortie du journalisme. Comme des poupées russes, une pensée en fait surgir une autre, puis une autre, puis une autre… Ce n’est jamais facile de faire le deuil d’un grand amour.

Les prolétaires de l’information

Quand j’ai été embauchée à Radio-Pandora.ca, en 2000, c’était un peu la préhistoire du journalisme sur le web. Mis à part quelques hurluberlus (dont j’étais), personne n’y croyait vraiment. Les patrons de ce qui était appelé à l’époque les « Nouveaux Médias » étaient pour la plupart des « tablettés » et, règle générale, les journalistes des autres secteurs de la boîte s’adressaient à nous seulement quand ils avaient besoin de régler leurs problèmes de connexion ou de courriel. Ça vous donne une idée de la perception qu’ils avaient de notre travail, de leur considération.

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*Le site d’informations Rue89, lancé en 2007 par d’anciens journalistes de Libération et aujourd’hui propriété du groupe L’Obs, avait même fait imprimer des t-shirts où figurait cette expression.

BIO : Après avoir raté sa carrière en journalisme, Rabea N’Déhé a refait sa vie dans le monde de l’édition, où elle s’éclate enfin (et en toute liberté) avec les mots et les idées.