Tu ne t’effaceras point

Le lecteur en tant que metteur en scène de l’information

Les conseils et recommandations, voire les exigences et exhortations, à l’attention du public (lecteurs, spectateurs, récepteurs de toutes sortes de médias) sont ancrés dans l’imaginaire collectif contemporain : « Faut pas croire tout ce qu’on dit… », « Renseigne-toi! », « Où as-tu vu ça? », « Qu’en pensez-vous, vous? » Naviguer comme il se doit dans l’océan mondial de l’information, ne pas être dupe et nourrir de sa lecture les débats de société, sans être spécialiste, ne semble pas être la donne la plus courante. Les commentaires laissés en bas des articles électroniques finissent souvent par se ressembler et les lignes ouvertes d’opinion sont réputées écorcher les oreilles. Et pourtant. Mettons en perspective la place et l’apport du lecteur, quel qu’il soit, devant le produit médiatique.

Si l’industrie de l’impression, notamment les journaux imprimés, se trouve aujourd’hui dans un état précaire, nous sommes tout de même dans une ère inégalée de publications de masse, sur une multitude de supports et de formats. Les nouvelles technologies de l’information changent le visage de qui lit et qui écrit, qui écoute et qui parle, et le maître mot devient : « Attention! » Gare à ceux et celles qui gambadent dans ce monde comme dans le pré. Il faudrait minimalement, clame-t-on, se doter d’un bon antivirus, de saines habitudes de cliquage, de responsabilité civique et d’un service de contrôle parental pas trop con. Car glisser de la zone jeunesse de Radio-Canada à un site de porno sans scrupules, ou tomber sur un faux ami Facebook ou une « nouvelle » complètement inventée, ne relève plus de l’improbable…

À l’antivirus et autres précautions de rigueur s’ajoute le sens critique : penser par soi-même, éviter d’avaler tout rond ce qu’on reçoit (développer son antivirus mental), en prendre et en laisser… Puis, si on veut jouer dans les ligues majeures : varier ses sources! Nationales et internationales, institutionnelles et alternatives, pour et contre le sujet traité. Dans tous les cas, il faudrait poser des questions et se maintenir à jour, ne serait-ce qu’un peu. L’image de ce qu’est une personne « bien informée », habite notre univers. Faisons de ces représentations schématiques, ici, le point de départ d’une petite enquête.

L’image du lecteur critique

Le lecteur critique lit beaucoup. Sa pratique est constante, voire quotidienne. Surtout, il prend ses distances par rapport à ce qu’il lit, fait la part des choses. Le problème, c’est que le « modèle » s’arrête là : il faut être critique. Mais, au fait… qu’est-ce que cela veut dire? Au-delà de la variation des sources et du saut qualitatif et quantitatif, allant du visionnement de la nouvelle télévisuelle à la lecture de dossiers thématiques, comment fait-on ça, être critique envers les médias?

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Bio : Docteure en science politique, Vanessa Molina est cofondatrice de l’Institut Grammata. Elle a consacré sa thèse à la démocratisation de la pensée et de la lecture philosophique, combinant théories de la lecture, de la connaissance et du théâtre. Professionnelle de recherche à l’Université de Montréal, elle est actuellement analyste de la pensée critique dialogique chez les adolescents.