L’école du regard de Maggie Roussel

Dans Les Occidentales (2010), Maggie Roussel défaisait un à un les lieux communs de la pensée positive, avec patience et détachement, avec humour aussi : « Le lapin chie dans le haut de forme, pas de magie. » Ce livre marquant invalidait méticuleusement les formules hop-la-vie, les conseils pratiques qui cherchent à nous faire croire que le bonheur est à la portée de tous et qu’il suffit de faire un petit effort supplémentaire pour s’en saisir. Je me souviens avoir pensé en lisant ce livre que cette pensée démotivée, calmement défaitiste, était bizarrement la plus à même de me donner espoir. « La vie de penseur, écrivait Roussel, est l’une des moins possibles. » Avoir une pensée à soi est quelque chose de rare — est-ce seulement possible ? —, et l’entreprise de Roussel consiste à prendre toutes les précautions nécessaires pour ne pas devenir l’otage des pensées rassurantes qui, sous des apparences bienveillantes, possèdent, comme le remarque Mathieu Arsenault dans la postface qui accompagne le livre, « un fond de violence ». Le livre de Roussel me réjouissait parce qu’on pouvait y observer, en action, une pensée souveraine, une pensée qui préférait se saboter plutôt que de céder aux formules toutes faites.

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Maggie Roussel, À l’œil nu, Le Quartanier, 2017, 120 p.