Grandeurs et misères de l’agitprop post-2012  

On a parfois l’impression que, depuis la prise du pouvoir par les Libéraux, au début de ce siècle, s’est posé sur le Québec un voile opaque que seule la grève étudiante de 2012 serait parvenue à déchirer. Devant l’ampleur de la mobilisation, il était légitime de souhaiter qu’elle parvînt à chasser cette mafia, mais plus fondamentalement qu’elle sonnât pour de bon le réveil d’un Québec enfoncé dans « le confort et l’indifférence ». Ces espoirs en bonne partie déçus appelaient un rigoureux bilan. C’est sans doute pourquoi la fiction post-printemps 2012 des cinéastes Mathieu Denis et Simon Lavoie, Ceux qui font les révolutions à moitié n’ont fait que se creuser un tombeau, portée par un désir d’avant-garde tant dans son propos militant que dans ses propositions esthétiques, a suscité de telles attentes. D’autant plus qu’elle osait aborder de front le thème de la révolution, devenu à gauche — depuis la chute du mur de Berlin — un véritable tabou.  

L’objet lui-même tente bel et bien une petite révolution. Toutefois, la livraison génère souvent le sentiment d’un exercice de style assez tape-à-l’œil, racoleur et au final assez vain qui mise sur les effets dans le seul but de déroger aux conventions. Difficile de ne pas souligner le paradoxe sous-jacent d’une œuvre, militante de surcroît, c’est-à-dire devant défoncer les portes et ouvrir les fenêtres, qui s’avère elle-même hermétiquement refermée sur soi. Or, à défaut d’imaginer un nouvel horizon, le film — et le bruit qui l’a entouré — a au moins l’intérêt d’être symptomatique du désarroi de cette gauche médiatique québécoise.    

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