Parler en décâliçant

Hervé Bouchard poursuit son exploration de la douleur de la mère.

Préparant depuis un bon moment l’écriture d’une thèse partiellement consacrée à l’œuvre d’Hervé Bouchard, j’ai très tôt remarqué que le nombre de critiques enthousiastes à son endroit – à Liberté, en particulier – était inversement proportionnel au nombre de commentaires universitaires sur celle-ci. J’ai ouï-dire que l’auteur n’ira pas s’en plaindre. Se pencher sur un tel objet, si riche de sens à saisir ou à reconstruire, peut être aussi exaltant que vertigineux. Comment s’arrange-t-on, comme sujet, avec les mots qui nous précèdent et qui nous collent au corps : c’est là une des grandes questions de la psychanalyse, avec laquelle il me semble possible d’attraper l’œuvre de Bouchard par un bout. Du jeune protagoniste de Mailloux (2002), qui livre le récit d’un rêve où il « reçut en songe les mots qui le font », à Laïnée Manchée, la mère mal amanchée de Parents et amis sont invités à y assister (2006), qui porte comme patronyme sa condition de corps métaphorique (quand son mari est mort, les bras lui sont tombés), la langue d’Hervé Bouchard pose cette question de façon radicale et poétique, avec ses images, sa syntaxe, son rythme, ses drôleries. Le faux pas de l’actrice dans sa traîne complexifie cet enjeu, au point de l’inscrire comme une exigence imputée au rôle principal. En effet, « seules les paroles peuvent donner à l’actrice le corps qui convienne à la robe », annonce-t-on dès le départ.

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