Vous autres, les Inuit

Nirliit raconte le Nord avec une conscience aiguë de la violence de sa propre parole.

La récente polémique autour du film Of the North de Dominic Gagnon, composé de clips plutôt dégradants d’Inuit ivres et violents, m’a déchirée. D’une part, je jugeais essentiel d’écouter les propos de la chanteuse Tanya Tagaq – appuyée par de nombreux Autochtones –, qui y voyait un film profondément raciste. Les préjugés sur les Autochtones ne manquent pas, et leur accès à la parole publique est si restreint que les représentations méprisantes occupent en effet presque tout l’espace de notre imaginaire. D’autre part, toute discussion avait été rapidement étouffée, le film n’ayant justement pas circulé. Or l’analyse minutieuse d’André Habib dans Hors Champ, qui y voyait une œuvre sur les ravages du colonialisme, m’a laissé croire qu’il y avait peut-être quelque chose à creuser dans cette production, que je n’ai pas vue. Il semblait toutefois impossible de lancer un débat sur les zones grises de l’œuvre sans reconduire des gestes oppresseurs, sans dire aux communautés concernées qu’elles feraient bien de se taire pendant que d’autres, des juges impartiaux, discutent d’art. Le silence, dans ce cas, devenait la voie de la décence.

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Juliana Léveillé-Trudel, Nirliit, La Peuplade, 2015, 173 p.