La médiocratie

Candidatures exceptionnelles s'abstenir.

Rangez ces ouvrages trop compliqués, les livres comptables feront l’affaire. Ne soyez ni fier, ni spirituel, ni même à l’aise, vous risqueriez de paraître arrogant. Atténuez vos passions, elles font peur. Surtout, aucune « bonne idée », la déchiqueteuse en est pleine. Ce regard perçant qui inquiète, dilatez-le, et décontractez vos lèvres – il faut penser mou et le montrer, parler de son moi, tout en le réduisant à peu de chose : on doit pouvoir vous caser. Les temps ont changé. Il n’y a eu aucune prise de la Bastille, rien de comparable à l’incendie du Reichstag, et l’Aurore n’a encore tiré aucun coup de feu. Pourtant, l’assaut a bel et bien été lancé et couronné de succès : les médiocres ont pris le pouvoir.

La principale compétence d’un médiocre ? Savoir reconnaître un autre médiocre. Ensemble, ils organiseront des grattages de dos et des renvois d’ascenseurs pour rendre puissant un clan qui va s’agrandissant, puisqu’ils auront tôt fait d’y attirer leurs semblables. L’important n’est pas tant d’éviter la bêtise que de la couvrir sous les images du pouvoir. Toutefois, la médiocratie ne relève pas de la pure incompétence. On ne veut pas d’incapables. Il faut pouvoir faire fonctionner la photocopieuse, comprendre un formulaire, le remplir sans rechigner, et dire bonjour au bon moment. Médiocrité est en français le substantif désignant ce qui est moyen, tout comme supériorité et infériorité font état de ce qui est supérieur et inférieur. Il n’y a pas de moyenneté – la médiocrité, c’est le stade moyen en acte plus que la moyenne. Et la médiocratie est ce stade moyen hissé au rang d’autorité.

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