Les manuscrits gynocides

Le troisième roman d’Hubert Aquin prend ses distances avec les thèmes de la révolution et de l’identité nationale mitraillés sur les pages de Prochain épisode et de Trou de mémoire. Il est bien question d’identité dans L’antiphonaire, d’identités multiples et interchangeables qui s’évanouissent et ressurgissent sous d’autres apparences comme des reflets réfractés par une eau agitée, mais travaillées par la violence des rapports intimes et interpersonnels. Vrai qu’Aquin a pris plaisir à brouiller la surface par toutes sortes de subterfuges. J’avoue avoir lâché quelques sacres devant l’ostentatoire érudition médicale et historique dont le livre est chargé. Les nombreuses citations en latin et les enfilades de noms de scientifiques de la Renaissance (que même à l’heure des instantanés moteurs de recherche on ne tente plus d’élucider après quelques essais), les revirements de situations si farfelus qu’on en rit, les rencontres sexuelles brutales, amorales, ambiguës et surtout constantes, tout cela s’entremêle pour former la trame principale d’une œuvre dont les enjeux fondamentaux, sous-jacents, sont ceux de l’écriture elle-même et de ses conséquences imprévisibles sur le texte en progression, ceux du genre romanesque dont les formes traditionnelles doivent être mises à mal.

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Hubert Aquin, L’antiphonaire, Bibliothèque québécoise, 2005 [1969], 396 p.