Cercueil à remplir

Charles Pennequin règle ses comptes avec la mort

On s’oppose difficilement à la mort. On peut partir à la guerre contre elle, crier, gesticuler, mais, au final, peu y fera. Ce qui reste après concerne la mémoire, dont l’art maîtrise le pouvoir. Pamphlet contre la mort, du poète français Charles Pennequin, fixe des souvenirs, mais aussi des rancunes. Au contact du cercueil, figure récurrente, ce ne sont pas que des beaux sentiments pour la vie qu’on cherche à opposer à son antagoniste; la prose verbeuse du poète ne montre pas cette binarité-là. Avant de partir, il faut régler ses comptes. Il faut trouver de quoi remplir son cercueil avant que son corps s’y allonge.

Dès la première page, Pennequin expose son cercueil, qui est vide, mais plein «d’attentes d’être rempli» et qui, page après page, s’alourdit, car le cercueil fait réfléchir quand on le regarde «bien en face» («toute cette nuit j’ai pensé au précipice. et j’y pense encore devant ce cercueil»). Au bord de l’essoufflement, le poète y couche son père, il y déverse son amertume contre le savoir, il y met une «époque qui tourne au vinaigre» et il y jette sa colère contre la langue. Cette langue «d’injonction», dit-il, ces «mots [qui n’ont] pas de sens», ce langage «qui se donne des airs / supérieurs» et qui est «utile uniquement pour une chose : prendre les gens de haut».

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Charles Pennequin, Pamphlet contre la mort, P.O.L, 2012, 197 p.