La revue Liberté se préoccupe de littérature, de théâtre, de cinéma, de philosophie, bref de tout ce qui relève de la réflexion et de la beauté, ce qui n'est en rien contradictoire avec le désir de s'arrimer au politique dans son sens le plus large. L'art est ainsi pour la revue une condition du politique ; un lieu de parole plutôt qu'une spécialisation. Liberté se veut une véritable agora, en dehors de toute sphère d'influence, un lieu de débats aiguillonné par une urgence : la nécessité de faire acte de résistance tant au bavardage médiatique qu'au murmure marchand ambiant.

 

 

 

n° 322 | Novembre 2018

Dans ce dossier, nous voulions aborder cette hospitalité qui existe hors du cadre juridique, adhérant à l’idée que l’hospitalité véritable, à l’échelle individuelle comme dans sa forme politique, commence là où la loi s’arrête. Nous constatons que les espaces que nous partageons, les lieux où nous cohabitons, sont de moins en moins hospitaliers. C’est à l’image de nos relations sociales, de plus en plus marquées par la méfiance, l’inimitié, le désengagement, la compétition. La crise politique de l’hospitalité nous renvoie aussi à une crise de nos imaginaires, comme le souligne avec justesse l’écrivain Patrick Chamoiseau. La mondialisation néolibérale a aseptisé notre rapport au monde et à l’Autre, tout en le chargeant d’une violence inouïe, au nom d’une logique économique étroite et infernale. Comment en sommes-nous venus à compter les personnes qui composent ces masses migrantes avant d’attester leur humanité ? À quel point faut-il haïr l’humain pour livrer tant de gens au ventre noir de la Méditerranée, avant de les abandonner dans des zones de non-droit, aux abords de l’Europe ? À quel degré de violence faut-il s’être accoutumé pour ne pas pleurer devant ces bancs publics dont l’accoudoir a été placé de façon à ce que personne ne puisse s’y étendre ?

n° 321 | Septembre 2018

Nous croyons qu’au lieu de chercher dans leur arbre généalogique pour y trouver des ancêtres autochtones et « s’auto-autochtoniser », ou d’alimenter le mythe des « bonnes relations » avec les Premiers Peuples, il serait plus utile que les Québécois et les Canadiens reconnaissent leurs angles morts – ce qui, d’ailleurs, vaut tout aussi bien pour leurs relations avec les nouveaux arrivants. Il est grand temps d’amorcer une transformation réelle de nos rapports. Parce que celui qui écoute attentivement saura que les Premiers Peuples n’ont rien oublié de la beauté du territoire, de sa richesse, de sa générosité, et que leurs récits font aussi écho aux effets de la présence coloniale. Ce n’est pas un sujet joyeux, mais il est incontournable, tout comme la question du respect du territoire comme source de vie, qui ne pourra jamais être évacuée, ni de la parole des Premiers Peuples ni du débat public sur l’avenir de la planète.